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Articles
Perspectives féminines croisées... (partie 1/2)
jeudi 24 juillet 2008 - par Asma Lamrabet
Il n’est certainement pas aisé de revendiquer une libération féminine à partir d’une tradition religieuse tant les religions toutes tendances confondues sont considérées comme étant à l’origine de la culture universelle d’asservissement des femmes. Il est encore plus difficile de le faire au nom de l’islam, religion qui détient aujourd’hui la palme d’or quant à l’oppression de la femme. Et ce, même si à travers l’histoire de l’humanité et transcendant toutes les particularismes, les femmes demeurent asservies à l’ordre sexiste. Malgré donc une misogynie universelle qui perdure, l’islam reste le symbole du sexisme par excellence, qu’il est d’ailleurs de bon ton de dénigrer, car émanant d’un « ailleurs » à références non occidentales. Et comme il est toujours plus facile de dénoncer l’oppression chez les autres, le sexisme occidental, à la différence de celui de l’islam, est immunisé contre toute critique et absout de toute remise en question car émanant d’un monde civilisé et nanti. Partant de cette assertion, il est plus facile pour des femmes de tradition judéo- chrétienne d’inscrire leurs luttes dans un « mouvement féministe universel » que pour celles qui se revendiquent musulmanes pratiquantes et refusant donc de renier leur enracinement à une histoire qui est la leur. On admettra cependant une certaine dose de libération pour celles, de culture musulmanes certes, mais qui se prêtent à un discours essentiellement anti-islamique, autrement dit, celles qui se libèrent de cette islamité entre autres, source d’obscurantisme et de soumission. Le seul modèle de libération possible et imaginable actuellement, est celui qui adhère à des normes essentiellement occidentalisées et que l’on supposerait par je ne sais quelle logique, de l’ordre de l’universel !!! Les idées, les luttes, les témoignages des femmes en terre d’islam ne s’évaluent plus à l’aune des valeurs et des principes qui devraient être universels dans le sens profond du terme, c’est-à-dire en termes d’équité et de justice, mais plutôt en fonction de la capacité de distanciation voire dans certains cas de nuisance à l’égard de l’islam ! C’est ce type de vision ethnocentrique qui a sournoisement mené à la défaite de l’universel dans sa vision humaniste. On continue à instrumentaliser à outrance l’image d’une femme musulmane victime pour justifier les théories les plus dramatiques comme celles du choc des civilisations, du monde civilisé et barbare, du bien et du mal. On pousse d’ailleurs la rhétorique jusqu’à faire de la libération de ces pauvres femmes une affaire d’Etat, comme l’illustre l’exemple des femmes afghanes ou encore le projet du grand Moyen- Orient, qui propose avec les réformes politiques radicales, une révision sérieuse du statut de la femme musulmane. Il ne s’agit pas ici de nier l’existence de graves problèmes liés au statut de la femme musulmane, en dénonçant ces ingérences culturelles très maladroites dans la forme, mais qui reste sur le fond certainement fondés. Il s’agit plutôt d’apprécier la gravité et l’impact de ces actes sur des populations musulmanes déjà fragilisées par des politiques intérieurs dévastatrices, et qui vivent ces ingérences comme une agression humiliante. D’où les innombrables réactions de rejet vis-à-vis de toute réforme venant de l’occident, encore plus quand il s’agit des réformes concernant la femme musulmane considérée comme le dernier bastion d’une identité refuge. Toutes ces tentatives de libération promulguées par certains courants occidentalisés sont vécues, à l’intérieur du monde musulman, comme des tentatives de déstabilisation et d’acculturation. Elles sont perçues comme une politique expansionniste dont l’objectif essentiel est de convertir les sociétés musulmanes en sociétés « permissives » et « amorales » à l’image de ce qu’est aujourd’hui l’Occident aux yeux de la grande majorité des musulmans. On constate donc qu’une logique de la réaction identitaire règne dans la majorité des pays islamiques, empêchant toute tentative réelle de dialogue et de réformes, qui soit dit en passant, nous permet en tant que « bons musulmans » de fermer les yeux sur les multiples transgressions faites au nom de la « préservation de l’identité musulmane ». Même s’il est certain qu’aujourd’hui, les sociétés musulmanes sont d’une grande diversité sur le plan socioculturels, économiques ou politiques, et que la situation des femmes musulmanes varie en fonction de la situation géographique et des conditions de vie, il n’en demeure pas moins vrai, que dans la majorité des pays islamiques, la femme musulmane endure de nombreuses formes d’injustices et d’inégalités, et jouit d’un statut juridique des plus déplorable. Certes, le constat de la situation de la femme en terre d’islam est particulièrement accablant, mais il est important de différencier entre le fait culturel et l’essence d’une religion, entre un message spirituel et ses diverses interprétations. Une règle commune consiste à incriminer invariablement le Coran ou la tradition canonique comme source inéluctable de discriminations envers la femme. Ce n’est pas tant le Coran en lui-même qui pose problème, mais ce qu’ on en a fait à travers des siècles et des siècles de lecture et d’interprétations sexistes envers la femme. Une interprétation rigoriste et complètement fermée du religieux a légitimé durant toute l’histoire musulmane volontairement ou non, une véritable « culture de discrimination » à l’encontre des femmes. Il est en effet facile de puiser des arguments coraniques qui infériorisent la femme - comme d’ailleurs dans tout texte religieux que cela soit la Bible ou la Torah - quand on pratique une lecture littérale, statique qui ne prend jamais en compte ni la dynamique historique des époques de la révélation, ni celle de la conjoncture actuelle. Mots clésAsma LamrabetMédecin hématologiste à l’hôpital d’enfants de Rabat au Maroc, Asma Lamrabet est une intellectuelle musulmane engagée dans la réflexion sur la problématique de la femme en islam. Auteure notamment de "Musulmane tout simplement" aux éditions Tawhid. Du même auteur, à lire sur oumma.com :
Vos réactions et commentaires sur cet article9 août 2008
Wa Salam a dit :
Wa salam, Il y a des articles intéressants sur ce site, qui sont de nature à ouvrir l’esprit et revoir nos idées toutes faites et de parti pris:je parle de l’article de Khaled Chraibi Le mariage misyar à la page DOSSIER société. (...) (Lire la suite)
31 juillet 2008
Karim B a dit :
Salam aleykoum à tous et à toutes
Je viens de terminer la 2e partie du texte et, comme on ne peut il laisser de commentaires, c’est ici que j’ajouterai un mot ou deux, inchAllah.
J’ai ressenti que plusieurs des frères ayant (...) (Lire la suite)
28 juillet 2008
"Et comme il est toujours plus facile de dénoncer l’oppression chez les autres, le sexisme occidental, à la différence de celui de l’islam, est immunisé contre toute critique et absout de toute remise en question car émanant (...) (Lire la suite)
28 juillet 2008
khoubziste a dit :
Comment parler à une adolescente ?
Voilà où nous en sommes, à nous conformer au fétichisme au point qu’Asma Lamrabet qui à n’en pas douter s’interdit d’entendre quoique ce soit de ce que l’on peut lui dire (...) (Lire la suite)
27 juillet 2008
lamine keb a dit :
Comme il y a les arabes de service,les noirs de service.Il y a les musulman-nes de service.et comme tout ces gens de service ils rendent un service et c’est quoi ce service ?C’est de donner à L’islam le role du méchant afin que (...) (Lire la suite)
26 juillet 2008
un musulman a dit :
Texte beau pertinent et équilibré de Mme Asma Lamrabet. Bien-sur que les autres religions ne sont pas exemptes d’obscurantisme et de misogynie les femmes, et le sexisme occidental existe aussi, mais la grande différence est qu’en (...) (Lire la suite)
26 juillet 2008
Laurent a dit :
Aussi, si on explique parfois le port de vêtements comme le niqab par le choix de se protéger du regard et/ou du désir des autres, je me demande si ce n’est pas aussi une façon de se soustraire au jugement esthétique des autres. J’ai (...) (Lire la suite)
25 juillet 2008
Didier a dit :
Curieux, cette tendance que plusieurs internautes ont à comparer la femme "musulmane" à la femme "occidentale". A ma connaissance, être "occidentale" n’est pas un critère religieux, contrairement à "musulmane". A moins que l’on (...) (Lire la suite)
25 juillet 2008
Lola a dit :
Je ne suis pas du tout d’accord avec adapa lorsqu’il affirme que la question de la discrimination envers les femmes est universelle.
Ceux qui pensent cela sont incapables d’imaginer, de comprendre le monde hors des idées et (...) (Lire la suite)
25 juillet 2008
Diouf a dit :
Si un vêtement est comme une seconde peau avec laquelle on joue selon les saisons, ou son humeur, ou son statut social, alors, refuser la citoyenneté au motif que cette seconde peau est trop arabe, n’est-ce pas de façon subliminale énoncer (...) (Lire la suite)
25 juillet 2008
Diouf a dit :
En tant que Français athée, je dois dire combien je suis mal à l’aise vis à vis du jugement rendu récemment concernant un refus de citoyenneté sur une base avant tout vestimentaire. Tout d’abord, la France est le pays de la Mode, (...) (Lire la suite)
24 juillet 2008
Haoues Seniguer a dit :
J’ai relevé quelques expressions ambigües qui travestissent la pensée profonde de l’auteure.
Il s’agit d’un déficit de formulation. Je ne prendrai que deux exemples tirés de phrases du 1er et second paragraphes : "Il est (...) (Lire la suite)
24 juillet 2008
mohamed almaghribi a dit :
A chaque fois que la question de la condition de la femme est évoquée, c’est l’islam qui est montré du doigt, comme si les autres aires culturelles ont toujours été et sont des paradis pour les femmes. Exemples : en Chine et en Inde (...) (Lire la suite)
24 juillet 2008
adapa a dit :
Est de l’ordre universel ce qui n’est pas attaché à une culture identitaire détermminée. Le féminisme ne se revendique d’aucune culture particulière, il est basé uniquement sur les rapports universels de l’homme et de la (...) (Lire la suite)
24 juillet 2008
Que les non musulmans confondent islam , musulmans et société musulmane , on peut leurs pardonner , mais il est choquant que quand s’est employé par les musulmans eux mêmes , et pire encore quand c’est dit par les soit disant (...) (Lire la suite)
24 juillet 2008
Tres beau texte de notre soeur. Tout le monde se permet de parler des femmes musulmanes, notamment les hommes, mais celles qu’on entend le moins paradoxalement ce sont bien elles ! J’apporterai juste une nuance : il faut faire (...) (Lire la suite)
24 juillet 2008
Lola a dit :
L’ingérence des ceux des occidentaux qui se cachent derrière une vision profane de la femme est inacceptable et injustifiée.
Je ne crois pas que les femmes occidentales se soient libérées d’elles-même, parce que trop opprimées par (...) (Lire la suite)
24 juillet 2008
La notion même de féminisme n’a rien de musulman. Cette notion est une notion occidentaliste, la sacralisée est une aberration
La culture occidentale est basée sur l’individualisme dont le féminisme est un des vecteurs. Les (...) (Lire la suite)
24 juillet 2008
DJAMIL DJEBABRA a dit :
Dans une époque où toutes les valeurs morales ont été remises en cause au nom de la raison humaine(ce nouveau dieu)ces mêmes valeurs devenues rétrogrades et insignifiantes comme l’est devenu la foi en Dieu,ce qui a amené a voir en la (...) (Lire la suite)
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