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Le mariage misyar : entre parodie et libertinage (partie 2 et fin)
mardi 12 septembre 2006 - par Khalid Chraibi
Effets pervers du mariage « misyar » Bien que le mariage « misyar » soit parfaitement licite en droit, de l’avis des théologiens, et que l’épouse puisse à tout moment revendiquer les droits auxquels elle a renoncé lors de la conclusion de l’acte de mariage, de nombreux juristes comme Muhammad Ibn Othaymin ou Nassirouddine Al-Albany, (16) de même que de nombreux professeurs d’Al Azhar (17) s’opposent à lui du fait qu’il contredit l’esprit du droit du mariage islamique, et a des retombées négatives importantes sur la femme, sur la famille et sur la communauté. Il conduit à une dégradation des mœurs au niveau des hommes, qui adoptent un comportement irresponsable vis-à-vis de leurs épouses. D’après l’expérience des « agences matrimoniales misyar », l’homme qui recourt au mariage « misyar » a déjà, le plus souvent, un domicile fixe et une épouse aux besoins de laquelle il pourvoit. (18) Il ne lui viendrait pas à l’idée d’épouser une deuxième femme dans le cadre d’un régime de polygamie, s’il lui fallait obtenir l’accord préalable de sa première épouse et assumer des responsabilités financières additionnelles importantes vis-à-vis de sa seconde femme. Mais, grâce au mariage « misyar », cet homme se sent dégagé de toute responsabilité financière et morale envers une deuxième épouse, comme si elle n’était qu’un partenaire sexuel licite, une maîtresse « halal ». Il croit qu’il peut mettre fin à cette relation par un simple acte de répudiation, à tout moment, sans aucune conséquence négative pour lui-même. (19) Etant donné qu’il s’abstient généralement de parler de son remariage à sa première épouse, la relation au sein du couple en est faussée, et de grandes complications peuvent s’ensuivre, culminant même en un divorce, lorsque la femme finit par l’apprendre. Quant à la seconde épouse, son statut est dévalorisé, parce qu’elle n’a aucun droit sur son mari, que ce soit au niveau du temps qu’il lui consacre, de sa présence dans le foyer, ou de l’aide qu’il peut lui apporter sur le plan financier. De plus, ce mariage débouche à plus ou moins long terme sur un divorce, (dans 80 % des cas, d’après certains), quand la femme ne convient plus à son mari. Elle se retrouve abandonnée, solitaire comme avant son mariage, mais traumatisée par l’expérience. Son statut social souffre aussi de sa répudiation. Pour ces raisons, Al-Albany estime que le mariage « misyar » n’est pas licite, parce qu’il va à l’encontre des objectifs et de l’esprit du mariage en islam, tel qu’ils sont décrits dans ce verset du Coran : « … parmi Ses signes qu’Il ait créé pour vous à partir de vous-mêmes des épouses, afin qu’auprès d’elles vous trouviez l’apaisement ; qu’Il ait entre elles et vous établi affection et miséricorde… » ? (20) Le mariage misyar semble également s’inscrire à l’opposé de la recommandation du verset bien connu : "(Vous sont permises) les femmes vertueuses d’entre les croyantes, et les femmes vertueuses d’entre les gens qui ont reçu le Livre avant vous, si vous leur donnez leur mahr, avec contrat de mariage, non en débauchés ni en preneurs d’amantes." (21) Al-Albany et Wassel soulignent aussi les problèmes familiaux et sociaux qui découlent du mariage misyar, en cas de naissance d’enfants dans le cadre d’une telle union. Les enfants élevés par leur mère dans un foyer dont le père est toujours absent, sans raison, connaissent parfois de graves perturbations sur le plan psychologique (16) et (22). La situation empire si la femme a été abandonnée ou répudiée par son mari "misyar", sans moyens de subsistance, comme c’est généralement le cas. Quant à Ibn Othaymin, il reconnaît la licité du mariage misyar sur le plan purement juridique, mais estime qu’il faut s’y opposer parce qu’il s’est transformé en une véritable marchandise commercialisée sur une grande échelle par les « agences matrimoniales », sans aucun rapport avec la nature du mariage islamique. (16) Les auteurs contestataires soulignent également les retombées négatives de ce type de mariage sur l’ensemble de la communauté, parce qu’il donne libre cours à des pratiques sexuelles qui donnent une fausse idée des croyances, des valeurs et des pratiques religieuses de la communauté. Ainsi, de riches touristes musulmans de la région du Golfe se rendent régulièrement en vacances dans des pays exotiques où ils « épousent » des call-girls locales, selon les rites islamiques, pour que leurs ébats soient « halal » (licites sur le plan religieux). Dans certains cas, le notaire de l’ « agence matrimoniale » locale prépare en même temps les documents de mariage et ceux du divorce, pour gagner du temps. (23) De telles parodies du mariage islamique portent préjudice à l’image de l’ensemble de la communauté, et peuvent aussi avoir une mauvaise influence sur la jeune génération. De nouveaux codes de droit de la famille Les défenseurs du mariage misyar reconnaissent qu’il se prête à de telles dérives, mais soulignent qu’elles ne sont pas de son seul fait. Elles découlent plus généralement de la manière dont les hommes interprètent et appliquent les règles du droit musulman : la polygamie débridée, la répudiation facile, associées à une grande richesse, en sont les facteurs de base. Il serait donc plus juste d’expliquer cet état des choses comme un héritage des temps médiévaux, quand le mariage était défini par les auteurs musulmans comme « un contrat posé en vue d’acquérir le droit de jouir de la femme ». (24) Les organisations féminines font souvent observer, à cet égard, que les versets du Coran et les Hadiths relatifs à ces questions ont le plus souvent été interprétés, tout au long de l’histoire des sociétés islamiques, en faveur des hommes et au détriment des droits des femmes et des enfants. (25) Elles rappellent que de nombreux mouvements féministes et auteurs réformistes ont demandé, tout au long du 20è s., qu’il soit procédé à une lecture différente du droit musulman de la famille, en utilisant une approche moderne, en vue de l’adapter aux besoins d’une société contemporaine. A leur avis, il est possible de respecter scrupuleusement aussi bien les prescriptions coraniques que les dispositions des conventions internationales relatives aux droits de la femme et de l’enfant. (26) Mais, cela implique que la communauté islamique moderne reconnaisse à leur juste valeur le rôle central de la femme et de la famille comme des piliers de la communauté, au lieu de les dévaloriser. Il ne serait plus possible aux hommes de recourir à des « hiyals » (ruses juridiques pour contourner les dispositions légales), telles que celles sur lesquelles le mariage « misyar » est basé, pour traiter leurs épouses en citoyens de seconde classe. Différents pays musulmans ont procédé à une réinterprétation des dispositions de la charia relatives au droit de la famille, à la lumière des besoins d’une société moderne, dans le cadre d’un « ijtihad » (interprétation juridique) propre à chaque pays. Chacun d’eux a établi de nouvelles règles d’application de telles dispositions en fonction de ses circonstances, de ses besoins et de ses objectifs sociaux. La définition suivante du mariage, qu’on peut lire dans un Code de la famille adopté récemment, illustre la manière dont ces pays essaient d’établir un nouvel équilibre dans les relations au sein de la famille, entre le mari et l’épouse : « Le mariage est un pacte fondé sur le consentement mutuel en vue d’établir une union légale et durable, entre un homme et une femme. Il a pour but la vie dans la fidélité réciproque, la pureté et la fondation d’une famille stable sous la direction des deux époux, conformément aux dispositions du présent Code ». (27) Dans les pays où de telles lois ont été promulguées, le mariage « misyar » ne peut pas avoir cours. Notes : (16) Bin Menie, Abdullah bin Sulaïman : fatwa concernant le mariage misyar (et opinions d’Ibn Othaymin, Muhammad Saleh et Al-Albany, Nassirouddine sur la même question) (en arabe) (www.bab-albahrain.net) (17) Yet another marriage with no strings (www.metimes.com) : comité de fatwa d’Al-Azhar contre misyar (18) Al-Qaradawi, Yusuf : Zawaj al misyar, p. 24 - voir également : Jobarti, Somayya : Misyar marriage – a marvel or misery ? (www.arabnews.com) (19) Marriage of convenience is allowed, says Grand Imam Tantawi (www.dailyexpress.com.my) (20) (Coran, XXX : 21) (21) (Coran, V : 5) (22) Wassel cité dans Hassouna addimashqi, Arfane : Nikah al misyar (2000), (en arabe), p 16) (23) Arabian Sex Tourism (www.danielpipes.org) – voir aussi : Indonesia Deports Saudis for Running Marriage Racket (www.arabnews.com) (24) Chehata, Chafik : droit musulman, Dalloz, Paris, 1970, p. 68 (25) Voir par exemple Ahmed, Leila : Women and gender in islam, Yale University Press, 1992 – ou Hassan, Raf’at, Islam and women’s rights (arabic translation, 2000) – ou Amin, Qassim : Tahrir al mar’a (26) Voir par exemple Zineddine, Nadhera : Assoufour wal hijab – ou Zineddine, Nadhera : Alfatat wa chchouyoukh (27) Royaume du Maroc, Code de la famille, 3 février 2004, art. 4 Mots clésKhalid ChraibiEconomiste (U. de Paris, France, et U. de Pittsburgh, USA), a occupé des fonctions de consultant économique à Washington D.C., puis de responsable à la Banque Mondiale, avant de se spécialiser dans le montage de nouveaux projets dans son pays. Du même auteur, à lire sur oumma.com :
Vos réactions et commentaires sur cet article21 septembre 2006
mourad a dit :
salam l’homme peut aimer plusieurs personnes(c’etait pour nawel lol) je ne voit pas se mariage comme passe temps ou comme forme de tourisme sexuel mais comme un mariage avec peu de moyen qui peut evoluer en mariage dit normal suivant (...) (Lire la suite)
19 septembre 2006
nawel a dit :
salam arlikoum Le mariage doit etre basé sur l’amour et le respect !Ce mariage "misyar" ne peut profiter qu’aux hommes et quels hommes ??pas dificile a qualifier ! Faut arrêter de trouver des justifications : voyages etc.. On est (...) (Lire la suite)
18 septembre 2006
Assalam aleykum
Entre Dieu et les hommes qui devrons nous suivre ?
Dieu dans le Saint Coran donne une définition claire de ce que doit être un mariage, pourquoi nous attarder sur les imaginations humaines ?
Ces types de mariages non coforme à (...) (Lire la suite)
16 septembre 2006
D.C. a dit :
Je suis effaré de constater combien l’esprit critique est suspect à certains. Les Oulémas sont des hommes, donc faillibles !
Pour un non musulman, la découverte de ce mariage bien pratique est une révélation : Que l’on ne vienne (...) (Lire la suite)
15 septembre 2006
A mon humble avis, notre vision de ce qui licite ou non ne peut qu’être réductrice car n’oublions pas nous ne sommes que des mortels qui ne peuvent maîtriser les tenant et les aboutissants de ce genre de chose.
Et donc, on ne peut, (...) (Lire la suite)
13 septembre 2006
Shaki a dit :
Salam, Je pense qu’il faudrait eviter d’accabler les Ulemas-on peut en etre condamnable auprès d’Allah. Car il leur est aussi interdit de rendre illicite ce qu’Allah a permis
Ce qui importe c’est de remercier (...) (Lire la suite)
13 septembre 2006
Assalamou’aleikoum,
La première partie de l’article pouvait présenter une mauvaise image de nos savants aux yeux de certains. La deuxième partie rectifie cela et montre que la plupart applique la règle de fiqh connue de tous : ce (...) (Lire la suite)
13 septembre 2006
mourad a dit :
salam aleikoum je pense que le mariage misyar n’a pas ete fait que pour les hommes mais aussi pour les femmes je pense qu’il s’adresse a des femmes mures c ’est a dire plus de 40 ans qui sont divorcees ou veuves ... et (...) (Lire la suite)
13 septembre 2006
Nizo a dit :
Les personnes qui se moquent des oulamas sont souvent des ignorants du coran et de la sona. (Lire la suite)
13 septembre 2006
EL BAKI Mohamed a dit :
Le mariage c’est l’enagement de l’amour mutuel,de la confiance et de la solidairté pour construire un foyer et avoir des enfants.Le mariage doit être basé sur la reconnaissance de l’autre et de son respect.Dans le (...) (Lire la suite)
12 septembre 2006
demoiselle a dit :
Assalam aleykum,
Ce type de mariage émysiar", tout comme le mariage "muta" encore appliqué chez les chiites sont contraires aux bases mêmes d’un mariage islamique. Le mariage muta ne doit d’ailleurs plus être en application selon un (...) (Lire la suite)
12 septembre 2006
ProfAfnan a dit :
Slm
je ne pense pas qu’il faut aérer les polémiques sur les statuts des Ulémas, bien que je comprenne les sentiments de certains.
Il faut bien comprendre que le débat ne porte pas sur le caractere licite du mariage ’misyar’, (...) (Lire la suite)
12 septembre 2006
Moi je suis plutôt effaré de voir qu’il y en a qui le dise licite et qu’on continue de les appeler Oulamas (Lire la suite)
12 septembre 2006
Ghlia a dit :
Je suis soulagé de constater que les oulamas refusent ce mariage misyar qui n’en est pas un. (Lire la suite)
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